"Sic transit gloria mundi."
Salut Räum ! Vous venez de
Liège en Belgique, et vous venez de sortir votre deuxième album
« Emperor Of The Sun » chez Les Acteurs de L'Ombre
Productions. Pouvez vous nous présenter le groupe et son
histoire ?
Bonjour et merci !
RÄUM un groupe de post black metal
formé à Liège en 2020 à l'aube de la pandémie. Le projet est né
d'une volonté de créer une musique intense et immersive, à la
croisée du black metal traditionnel et d'influences plus
contemporaines.
Dès nos premières compositions,
nous avons cherché à construire une identité sonore propre, en
intégrant des ambiances sombres et hypnotiques à une base brute et
agressive.
Notre premier album, "Cursed By The Crown", sorti en
2023 chez Les Acteurs de l'Ombre, nous a permis d'affirmer cette
vision en proposant une musique marquée par des thématiques
introspectives et apocalyptiques, notamment autour du pouvoir et de
la déchéance. Cet album a été bien accueilli, ce qui nous a
permis de jouer sur différentes scènes et d'affiner notre approche
musicale et visuelle.
Avec "Emperor Of The Sun", nous allons encore
plus loin dans l'exploration de ces concepts. Ce nouvel album
s'inscrit dans la continuité du précédent, tout en prenant une
dimension plus contemplative et plus travaillée sur le plan sonore.
Nous avons voulu développer une atmosphère à la fois épique et
minimaliste, où chaque morceau raconte une partie de l'effondrement
d'une civilisation fictive, inspirée de références historiques et
mythologiques.
Votre façon de faire sonner le
black metal est assez unique, et je l'avais déjà remarqué sur
votre premier album « Cursed By The Crown » que j'avais
déjà beaucoup aimé. Finalement vous mélangez de manière non
conventionnelle un black metal assez raw, avec des moments plus
atmosphériques, d'autres plus glaciaux, des moments plus post-black
aussi, sans que cela n'entache jamais la virulence du propos. Comment
en êtes vous arrivé à ce son ?
Notre approche est
instinctive. Nous ne nous imposons pas de barrières stylistiques,
mais nous restons toujours fidèles à une intention : créer une
atmosphère oppressante et immersive. Le black metal, dans son
essence la plus brute, nous sert de socle, mais nous aimons jouer sur
les contrastes. Les moments atmosphériques et plus éthérés
renforcent l'impact des passages les plus violents. Ce n'est pas un
calcul, mais plutôt une manière naturelle pour nous d'exprimer nos
idées.
Vous abordez dans vos chansons le
thème du déclin de notre civilisation, et cela n'est pas exagéré
de penser que nous sommes de plus en plus nombreux à penser la même
chose. Comment voyez vous les choses, selon vous sommes nous plutôt
dans la fin du règne humain – l'anthropocène – ou entre deux
mondes, entre une civilisation qui meurt et une autre qui va naître ?
Nous nous situons dans un entre-deux, un moment de transition
chaotique où l'ancien monde s'effondre sans qu'une nouvelle
structure ne se soit encore imposée. Cette période de flottement
est propice à toutes les dérives, et c'est ce que nous cherchons à
illustrer dans notre musique : une sensation de perte de repères, de
vertige face à l'incertitude.
Les mélodies sont omniprésentes
dans l'album, malgré sa noirceur, et cela génère des atmosphères
envoûtantes, un peu comme une version post-moderne d'Emperor. Cela
vous convient il ?
C'est une comparaison qui nous honore, Emperor étant une
influence majeure pour nous. Nous avons un attachement particulier à
l'équilibre entre agressivité et mélodie, et nous voyons ces
harmonies comme un moyen de renforcer l'impact émotionnel de notre
musique.
Pouvez vous nous parler de vos
influences, aussi bien musicales que littéraires, artistiques ou
politiques ?
Nos influences musicales sont multiples
et ne se limitent pas à un cadre strict. Nous avons grandi avec des
groupes emblématiques du black metal comme Emperor, comme indiqué
au préalable, mais nous sommes aussi profondément marqués par des
formations plus disruptives comme Fluisteraars, Ultha, Wiegedood qui
repoussent et s'approprient les frontières du genre. Des groupes
comme Deafheaven ou encore les propositions de Emma Ruth Rundle ou
Amenra marquent notre projet. Ce mélange d'influences nous permet de
construire un son qui oscille entre tradition et exploration.
Sur le plan littéraire, chaque membre du groupe a son propre
univers, mais nous partageons des références communes qui
structurent notre approche artistique. Nous sommes influencés par
des penseurs et écrivains qui traitent de la chute des civilisations
et de l'absurdité du destin humain d'une manière abstraite et
introspective.
Enfin, notre passion pour l’histoire joue un rôle clé dans
notre manière d’aborder nos thématiques. L’étude des cycles
historiques, des effondrements et renaissances successives des
civilisations nourrit notre vision du monde et influence directement
les concepts de nos albums. Cette fascination pour les mécanismes du
déclin et du renouveau se retrouve tant dans nos textes que dans
l'atmosphère de notre musique.
Qui est cet empereur du soleil qui
donne son titre à l'album ?
C'est une figure
symbolique, inspirée des mythes et des cycles historiques. Il
représente à la fois l'apogée et la chute d'une civilisation.
L'astre solaire, puissant et inaltérable, finit pourtant par
décliner. L'album raconte cette dégradation inéluctable.
J'apprécie aussi votre façon
d'alterner blast-beats et tempi plus lourds, limite Doom, cela donne
une vraie diversité à votre musique. Est ce naturel ou
réfléchi ?
C'est un mélange des deux. Nous aimons
explorer différentes dynamiques pour éviter une linéarité qui
pourrait atténuer l'impact émotionnel de notre musique. Les
variations de tempo sont une manière de créer de la tension et du
contraste, en renforçant certains passages par des moments plus
lourds et pesants. Nous créons des ambiances hypnotiques que nous
aimons soumettre à la rupture rythmique pour surprendre et emporter
l'auditeur vers une apogée musicale.
Si vous deviez donner une citation
ou une proverbe qui symbolise Räum ça donnerait quoi ?
"Sic
transit gloria mundi." Cette expression latine, qui signifie
"Ainsi passe la gloire du monde", illustre parfaitement
l’essence de RÄUM : une réflexion sur la fugacité du pouvoir, la
vanité des empires et l’inéluctable déclin de toute
civilisation.
Qu'écoutez vous en ce moment ?
Des coups de cœur ?
Nous écoutons pas mal de choses
différentes, mais récemment, nous avons apprécié les derniers
morceaux proposés par Amenra. Un univers riche, artistique et
disruptif !
Un mot de la fin pour les lecteurs
et lectrices du Scribe Du Rock ?
Merci pour votre
intérêt et votre soutien. Nous espérons que "Emperor Of The
Sun" vous emportera. Et surtout, continuez à explorer, écouter
et vivre cette musique avec passion.
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